Les maires néerlandais vont décider du sort de leurs 730 coffee-shops


CANNABIS | Une centaine d’édiles se penchent aujourd’hui sur le devenir des bars à joints. Une institution aux Pays-Bas.

Les 106 maires des villes néerlandaises qui tolèrent encore les coffee-shops se réunissent aujourd’hui à Almere. A leur ordre du jour, l’avenir de ces fameux bars à joints, une spécialité nationale qui a du plomb dans l’aile. Tolérés depuis 1978 pour couper l’herbe sous les pieds des trafiquants, les coffee-shops ne sont plus que 730 à travers le pays, contre 1500 en 1998. Les municipalités sont de plus en plus regardantes sur le renouvellement de leurs licences, refusées si les gérants de coffee-shop ont partie liée avec des organisations criminelles.

Selon une enquête publiée hier par le magazine Binnenlands Bestuur (Administration territoriale), sur 88 maires interrogés, 54 sont favorables à la légalisation de la culture du cannabis, sous le contrôle des pouvoirs publics. Ce qui condamnerait en pratique l’institution des cofee-shops. La culture du cannabis, une industrie qui pèse plus de 500 tonnes et 2 milliards d’euros annuels, selon la police, est toujours hors la loi. En principe, les coffee-shops n’ont pas droit à plus de 500 grammes de stock et ne peuvent pas vendre plus de 5 grammes par jour et par client. Dans la pratique, ces seuils sont souvent dépassés, notamment dans les coffee-shops des villes frontalières, fréquentés par les «touristes de la drogue» belges, allemands et français. Proches de la Belgique, les localités de Roosendaal et Bergen op Zoom ont fermé en octobre tous leurs coffee-shops, à cause des «nuisances» provoquées les 25?000 visiteurs qui s’y pressaient chaque week-end.

Pour les défenseurs de l’exception néerlandaise, la politique de tolérance a fait ses preuves. Selon le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), publié le 17 novembre, les Néerlandais ne font pas partie des plus grands consommateurs de drogues douces du monde, avec 400?000 fumeurs réguliers pour 16 millions d’habitants. Ils se trouvent dans le groupe moyen, voire en dessous de la moyenne, alors que les pays répressifs, comme la France et les Etats-Unis, comptent plus de fumeurs. «Ce que les patrons de coffee-shop veulent», affirme l’expert August de Loor, à la tête du Drug Advies Bureau, «c’est pouvoir réinvestir leurs profits dans la culture de l’herbe. S’ils avaient le droit de cultiver eux-mêmes, en circuit fermé, ils n’auraient plus à dépendre de personne». Pour Michael Veling, porte-parole de l’Association des gérants de coffee-shop d’Amsterdam, le système actuel présente un gros avantage: «Il sépare nettement le monde des drogues douces de celui des drogues dures, en protégeant les jeunes de tout contact avec les dealers de la rue.» Les voix les plus critiques viennent de l’Appel chrétien-démocrate (CDA), le parti au pouvoir. Ses dirigeants s’inquiètent de voir les Pays-Bas devenir une narco-nation et une plaque tournante du trafic international de drogue.?

Source : Tribune de Genève

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