Drogues: l’illusion de l’homogénéité
STUPEFIANTS. Près de sept Suisses sur dix ont avalisé ce week-end la politique des quatre piliers de la Confédération en matière de drogue. Ils devraient être à peine moins nombreux à refuser l’initiative pour la dépénalisation du chanvre.
Cette homogénéité vient renforcer l’image, dessinée à la fin des années 1990 avec le rejet des initiatives «Pour une jeunesse sans drogue» et «Droleg», d’une Suisse unie derrière une politique de la drogue caractérisée par le pragmatisme et une forme de juste milieu entre laisser-aller et tout répressif.
Cette image, sans doute globalement exacte, doit toutefois être nuancée. Au moment où il a été plébiscité pour la première fois, le juste milieu incarné par les quatre piliers était très novateur. Il a permis à la Suisse de s’engager en pionnière dans une démarche qui a extrait la prise en charge de la toxicomanie du champ des querelles politico-morales pour en faire avant tout une question de santé publique.
Problème perturbant et irritant
Plus qu’un satisfecit face à la gestion d’un problème qui continue d’être ressenti comme perturbant et irritant, le nouveau oui aux quatre piliers confirme cette dévolution de la prise en charge de la toxicomanie aux professionnels de la santé.
Mais la confiance ainsi manifestée à ces derniers a des limites: ils étaient favorables à la dépénalisation du chanvre et, sur ce point, les Suisses ne les ont pas suivis. Dans ce second cas, le choix des électeurs signifie donc l’exact contraire que dans le premier: le sentiment majoritaire que l’usage du chanvre, surtout par les plus jeunes, est un problème de société dont les implications dépassent de très loin les seules questions de santé publique.
C’est bien sûr tout sauf une surprise: consommé par plus d’une personne sur trois entre 15 et 25 ans, le cannabis est étroitement impliqué dans les difficultés éducatives, relationnelles et scolaires de certains adolescents et dans les soucis des parents concernant ces différents domaines. Et c’est sur cet ensemble que le non à la dépénalisation du chanvre manifeste la volonté majoritaire de diffuser un message de rigueur et de respect des limites.
Message salutaire?
Message sans doute salutaire. Mais qui ne suffit pas à résoudre, sur le terrain, les questions très terre-à-terre qui préoccupent les professionnels: l’accessibilité très large d’un produit en principe interdit. La difficulté de privatiser un interdit légal peu appliqué car peu applicable. Et l’évolution des spécimens en circulation vers une dangerosité croissante, liée à une teneur toujours plus forte en principe actif.
Sur ces points, il faut souhaiter que le non de ce dimanche ne signe pas la fin du débat mais sa réorientation vers la recherche, là aussi, de solutions pragmatiques, dégagées autant que faire se peut des a priori idéologiques.
Source : Le Temps
Mots-clés : 30 novembre, 4 piliers, drogue, loi, suisse, votation
Imprimer cet article


