La prescription d’héroïne a 15 ans


Premier pays au monde à le faire, la Suisse a introduit il y a quinze ans la prescription médicale d’héroïne aux toxicomanes.

Dans la pratique, la méthode a fait ses preuves, mais son ancrage légal tardait. Au 1er janvier 2010, ce sera chose faite.

«Au début, c’était un essai et un grand scepticisme dominait», se souvient Adrian Kormann, médecin-chef à la policlinique zurichoise Zokl2, chargée des traitements à l’héroïne et à la méthadone. Depuis, l’acceptation de cette thérapie s’est accrue, particulièrement dans les régions fortement confrontées au problème de la drogue, comme Zurich, Bâle et Berne.

A Berne, lorsque le centre spécialisé «Koda» a déménagé dans un autre quartier en 1998, «la résistance était immense», indique la directrice Barbara Mühlheim. «Nous avons dû aller deux fois devant le Tribunal administratif pour savoir si nous pourrions rester.»

«Avec le temps, les gens se sont rendu compte que nous ne leur amenions pas la scène de la drogue dans leur quartier, et maintenant, les anciens opposants sont de bons amis qui nous font même des cadeaux à Nouvel-An», poursuit Mme Mühlheim.

Le PEPS genevois

Initialement, il s’agissait avant tout d’une mesure d’urgence visant à réduire la mortalité des héroïnomanes, à éviter qu’ils ne contractent le virus du sida, se prostituent ou volent pour se procurer leur dose. Mais au fil des ans, les médecins se sont rendu compte que les drogués souffraient d’autres maladies physiques et psychiques et les 23 centres spécialisés de Suisse ont étendu leur offre.

En Suisse romande, Genève pratique la prescription médicale d’héroïne depuis 1995 à travers le «Programme expérimental de prescription de stupéfiants» (PEPS). Le gouvernement genevois avait autorisé cette pratique sur la base de l’avis de Grand Conseil. Les députés avaient alors donné leur feu vert à une large majorité.

Le PEPS est rattaché au service d’addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Il propose une consultation tous les jours aux Pâquis. Le traitement s’adresse aux personnes gravement dépendantes et ayant eu auparavant au moins deux échecs thérapeutiques.

Qualité de vie

Les thérapies globales proposées actuellement ont permis d’améliorer l’état de santé et la qualité de vie des patients, note Otto Schmid, directeur du centre bâlois Janus. La proportion de séropositifs et de malades de l’hépatite a massivement baissé. La criminalité et la prostitution ont diminué jusqu’à 80%.

La réintégration des toxicodépendants dans la société reste toutefois problématique. En font partie la constitution d’un nouvel environnement social et l’abandon de vieux comportements. De nombreux patients restent solitaires, ajoute M. Schmid.

Un autre problème est l’énorme charge administrative, soulignent les spécialistes. Pour chaque patient, il faut une autorisation de la Confédération et du médecin cantonal. Pour l’héroïne sous forme de comprimés, Swissmedic doit encore donner son aval.

Attaques politiques

L’arrêté fédéral ad hoc de 1993, prolongé en 2003, arrive à échéance à fin 2009. Dès le 1er janvier 2010, les lignes directrices sont intégrées définitivement dans la loi révisée sur les stupéfiants.

Cela ne changera pas grand chose au quotidien des intéressés. Mais comme le souligne le Dr Hannes Strasser, du centre Janus à Bâle, «nous pourrons faire ce que nous avons toujours fait de manière légitime, sans devoir avoir peur d’attaques politiques».

Source : 20 minutes

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